Villages ou quartiers sans médecins ?

 

C’est devenu une préoccupation de la plupart des communes voire des intercommunalités. Comment prévoir de remplacer les médecins qui partent en retraite ?

 

Les maires s’inquiètent , les communautés de communes s’interrogent sur leur rôle ,leurs possibilités d’agir à l’heure de la diminution de leurs moyens budgétaires avec la remise en cause de la taxe professionnelle mal remplacée et la diminution de la DGF ( dotation générale de fonctionnement) …

 

Les ARS essayent d’impulser une politique volontariste de création de maisons de santé ou les professionnels restent des libéraux voire de centre de santé ou les médecins sont salariés.

 

Des contrats d’installation sont même proposés dans les zones les plus menacées qui donnent quelques avantages aux praticiens qui les choisissent.

 

En fait ces efforts paraissent à beaucoup d’égard à la fois nécessaires et pour autant d’efficacité forcement limitée tant les problématiques de la démographie médicale sont anciens et cruels.

 

Pensez donc ma génération qui a passé sa thèse en 1978 était de l’ordre de  8500 médecins /an, le numerus clausus crée dans les années 70 a été progressivement durcit au point que dans les années 8O/90 n’ont plus été formés que 3500 médecins/an…

 

Il fallut attendre le ministre Khouchner pour très timidement inverser la courbe aux début des années 2000. Les gouvernements qui suivirent améliorèrent prudemment mais régulièrement la situation jusqu'à former 7500 étudiant/an.

Marisol Touraine bloquant jusqu'à très récemment le mouvement. Elle  permit simplement  en fin de mandat de François Hollande  d’augmenter de quelques dizaine d’étudiants les facultés des régions les plus déficitaires.

Certes elle permit aussi aux  praticiens hospitaliers de travailler non plus jusqu'à 68 ans mais 70 ans ???

 

Chaque fois que ce problème fut évoqué devant les autorités sanitaires nous reçûmes la même réponse : «  mais Dr nous n’avons jamais eu autant de médecins !» ce fut vrai longtemps mais ne l’est plus aujourd’hui alors que la population du pays augmente.

 

Mais surtout il est absurde de comparer le nombre de médecins nécessaires dans les année 70 avec celui des années actuelles et sans doute à venir car beaucoup d’éléments de contexte ont changés.

Citons :

a)      Féminisation  de la profession

b)       Modification des conditions d’exercice des praticiens hommes ou femmes qui organisent leur vie de manière plus équilibrée et moins unilatérales que beaucoup de leurs prédécesseurs d’autant plus facilement que la clientèle est abondante.

c)       Développement des techniques dans à peu prés tous les domaines de la médecine avec une extraordinaire éclosion de multiples spécialités et sous spécialités ; en cardiologie par exemple là ou un cardiologue et son ECG suffisait il nous faut des coronarographistes , des échographistes ,des scintigraphistes….

 

Par ailleurs si maintenir un médecin est nécessaire pour garder une pharmacie , une école ou une poste, l’inverse est aussi indispensable .Sans compter que l’emploi du mari et/ou de l’épouse du médecin est aussi un élément décisif…

 

Dans ces conditions nos campagnes qui se dépeuplent, notre agriculture qui soufre, la volonté actuelle d’organiser la métropolisation de nos territoires autour de centres urbains puissants et avides de financements enlevés aux départements jusqu’ici facteurs de régulation constituent le cadre d’aggravation d’une crise de la prise en charge médicale devenue inexorable parce que trop bien organisée même si l’importation de médecins formés à l’étranger en limite les effets.

 

DR Patrick Nivet

Praticien Hospitalier Honoraire

Conseiller municipal de Libourne

Conseiller communautaire ( Cali)

Membre de la conférence régionale de santé de l’ex Aquitaine